Bonjour à toutes et tous,

J’ai la joie de vous écrire quelques mots, en particulier pour vous annoncer les deux prochains événements des Lucioles. Notez donc dans vos agendas les dates du 21 mars pour l’Equinoxe de printemps, et le 20 juin pour le Solstice d’été. J’y reviens dans quelques lignes…

Cette période est placée pour moi sous le signe des arts visuels, grâce à deux cartes blanches qui m’ont été adressées respectivement par la Municipalité de Savièse et par le Musée d’art du Valais.

Multiples uniques

Samedi dernier, j’ai eu le privilège de me glisser dans le quotidien de Marguerite et Edouard Vallet Gilliard, couple de peintres et graveurs du début du 20e siècle, qui ont posé leurs valises dans le Val d’Hérens à de multiples occasions. En 1911, juste après leurs noces, ils ont résidé à Riod (Hérémence) et créé de nombreuses œuvres dans la vallée. Si la talentueuse Marguerite est décédée bien jeune, à tout juste 30 ans, son époux est revenu une dernière fois en 1927 pour réaliser une série de gravures pour la Direction générale des postes. J’ai eu la chance de me plonger dans leurs carnets de notes, leurs esquisses, leur correspondance, et de pouvoir imaginer leur lien à ce territoire où je suis née, dans une série de textes inédits pour la plupart. Ils ont été lus devant une salle d’exposition comble, à l’espace focus. Merci à la Municipalité de Savièse pour cette invitation qui a été une joie dans la création et dans le partage. L’exposition Multiples uniques, sous la curation d’Isaline Pfefferlé, est visible jusqu’au 26 juillet 2026.

Gravures de Marguerite Vallet Gillard, début du 20e siècle.

Extrait de l’un de mes textes :

« Quotidiens poétisés » avec Marlène Mauris. Lecture autour de Marguerite et Édouard Vallet-Gilliard, samedi 21 février 2026

Hiver 1911 – Marguerite

Il faut que je me dévête, si je veux me laver. J’ai quand même bien froid, pourtant Madame Gauye a veillé à allumer le fourneau à pierre ollaire avant notre arrivée hier, en fin d’après-midi. Mais pendant la nuit, les braises se sont faites cendres. Être femme au foyer, c’est bien ça : mettre des bûches dans le feu, toute la journée, en attendant que le soleil daigne chauffer les madriers, et au soir, recommencer. Alimenter un feu qui dévore le bois et le froid, pour que ça ne soit pas le froid qui nous dévore.

Ça n’a pas été une mince affaire de m’extraire des couvertures, tout à l’heure. Le bout de mon nez était glacé… alors, je l’ai collé contre la joue d’Edouard, pour tenter de le surprendre ! Il a grogné, grommelé et a brusquement dégagé son visage, comme si un moustique venait le taquiner pendant son sommeil. Cela m’a fait pouffer… et alors, quand j’ai ri, comme une légère brume s’est échappée d’entre mes lèvres. Je me suis aussitôt demandé comment je pourrais la peindre, cette légèreté, cette aumône aérienne. Comment la saisir, sans trahir sa matière imperceptible, fugace et tant éphémère. Cette vapeur m’a rappelé ces tulles dont on essaie de vous affubler, quand vous êtes une jeune fiancée à la veille de la noce. Si j’aime la blancheur de cette exhalaison matinale, je préfère nettement les tissus sombres et lourds que portent les femmes ici, dans la Vallée, au moment de se marier. Les couleurs sont franches, elles tranchent. Tout ce que j’aime peindre. Dans les montagnes, on convole en velours retourné, en tablier de soie, en bride brodée et en coiffe colorée. Le blanc, ici, c’est la teinte qui orne les mouchoirs du deuil, mais aussi de l’hiver qui n’en finit pas de vous rappeler que vous êtes mortelle. Pourtant la vie survit, surgit, partout…

Hier soir, Madame Gauye, pour nous féliciter de notre union sans doute, m’a lancé « l’année prochaine vous pourrez sortir lo tsarryòtt ! ». Et elle a extrait ce grand tiroir à roulettes d’en dessous de notre couche, tapissé de tricots de laine, comme une sorte de crèche, juste assez grande pour accueillir un petit enfant. Tout est économie ici. Economie de place et économie de mots. Tout se devine, s’emboîte, s’ouvre et se referme aussitôt. Les visages y compris. Elle ne comprend pas bien, Madame Gauye, que nous venons davantage en séjour de création que de procréation.

Debout devant la glace, un luxe en soi, j’observe mon reflet grelottant. Je plonge mes yeux dans mes yeux. Et je le sais, que je ne me verrai jamais telle que je suis vue, sans l’intercession de la photographie, de la peinture ou de la gravure. Ce miroir me ment : la mèche brune qui s’est détachée de ma tresse, je la sens chatouiller ma joue droite… et pourtant, la femme qui me fait face tente de saisir mon trouble au travers de ces cheveux qui voilent son œil gauche. Je me réjouis de reproduire cette gymnastique mentale avec une gouge. De penser le trait à l’envers, pour qu’il rende la vérité dans son endroit. Cet endroit qu’Edouard et moi chérissons, dans une sorte d’admiration interdite et quasi mystique, que nous nous gardons bien de décrire à Madame Gauye, qui nous aime beaucoup, mais qui semble parfois sceptique quant à nos émerveillements. Elle nous le dit franchement, on est ici, parce que le Bon Jiou l’a bien ooulouk, et qu’on doit tous faire avec.

Ce qui est le quotidien de nos hôtes est notre source de poésie. La poésie, c’est ce qui jaillit, pour combler le vide avec du divin. 

Les grandes inspirations

L’année passée, Anne Bourban, cheffe de la section Publics et médiation pour les Musées cantonaux (du Valais) m’a contactée avec un projet de balade littéraire à travers la nouvelle exposition du Musée d’art. Mon cœur d’historienne de l’art s’est emballé, mais j’ai du le réfréner un peu, pour laisser ma plume d’écrivaine reprendre l’idée au vol. Le Musée d’art du Valais expose chaque année une sélection d’œuvres d’art de la riche collection du canton, sous la houlette de sa directrice Laurence Schmidlin. Demain, l’exposition Les Grandes Inspirations ouvrira ses portes au public, avec une magnifique sélection, tant d’œuvres contemporaines que de monuments de l’Ecole de Savièse, mais encore de créations nouvelles. Johannes R. Millius et moi-même avons été invités à imaginer un parcours avec nos mots, respectivement en allemand et en français. Chuchoter aux visiteurs et visiteuses quelques vers d’oreille, quelle opportunité ! Ces balades littéraires sont disponibles à l’accueil du musée, en audioguides. Je me réjouis également de proposer quatre ateliers d’écriture, les 7 mars, 6 juin, 5 septembre et 5 décembre 2026. Nous investirons les salles d’exposition pour écrire ces murmures que nous soufflent les œuvres exposées. Chaque atelier peut être suivi individuellement, mais il est également possible de participer à toute la série. Chaque moment sera particulier et unique !

Atelier d’écriture (7 mars, 6 juin, 5 septembre, 5 décembre)

10 personnes max. Thème : Le silence n’est pas muet

Cet atelier invite les participant-e-s à explorer, par l’écriture, l’expression de ce qui, d’apparence, semble immuable et silencieux. L’histoire de l’art nous donne des images à voir et à ressentir, mais aussi à écouter. Et si, au lieu de produire du discours sur les œuvres d’art, nous leur donnions de la voix ?

Je tiens à remercier mon binôme littéraire, Julien Antoine Bovier, qui m’a enregistrée (malgré Polenta qui tenait absolument à boulotter ses croquettes pendant la prise de son) et qui m’a guidée dans l’art de la diction poétique.

Enregistrement de « Les murmures ont des oreilles » à La Sage, avec Julien A. Bovier

Equinoxe de printemps

L’homme qui levait les pierres, c’est le titre de ce spectacle musical inspiré du texte de l’auteur Jean-Claude Mourvelat. Je suis la compagnie Perlamusica avec délice, depuis quelques années déjà. Leurs talents multiples font de leurs créations des moments immersifs extraordinaires. Souvent, l’été à Sion, pour ma pause de midi, je me précipite sur la Place des Remparts pour les écouter lors de leurs pique-niques littéraires. Je garde un souvenir si précieux et enjoué de leur interprétation du Roman Fleuve de Philibert Humm, en été 2024 !

Ils adaptent pour La Sage un conte initiatique, ouvert à tous âges dès 5 ans, de l’homme le plus fort du village, L’homme qui levait les pierres… Peio a déjà pris ses marques à l’Hôtel de la Sage, lors d’un premier repérage.

Ruper Oaza est l’homme le plus fort du monde. Chaque dimanche, sur la place du village, il soulève une énorme pierre devant la foule rassemblée. Petit et malingre, Peio a douze ans et vit avec sa mère. Il est fasciné par la force de Ruper Oaza et rêve de soulever lui aussi la pierre. Ruper accepte de lui enseigner son art…. sans pourtant lui faire toucher la moindre pierre.

Un conte initiatique sur un texte de Jean-Claude Mourlevat, mise en scène et jeu Hélène Cattin; banjo et composition Grégory Scalesia; piano et illustrations Sophie Rudaz Mudry TOUT PUBLIC DÈS 5 ANS

Réservez ! Les places sont limitées, pour le confort de chacun et chacune !

Date et heure : Samedi 21 mars à 15h30
Lieu : Grand Salon de l’Hôtel de La Sage
Prix : au chapeau
Réservation obligatoire (nombre de places limité)
Goûter gourmand après la représentation

Et je vous annonce ici que le Solstice d’été sera musical, en extérieur, avec Milla & Marc Aymon. Nous nous retrouverons le 21 juin à 17h pour un concert acoustique, dans un lieu à confirmer selon la météo du moment !

Crédit : RTS

Je vous glisse ce lien, avec le texte que j’ai lu à la dernière Clamerie à Pully, et vous souhaite une belle fin de semaine et de belles rencontres artistiques et humaines,

Marlène