Bonjour à toutes et tous,
Le soleil nous gratifie de ses généreux rayons depuis quelques jours maintenant, et je pensais donc renouer avec les joies des petites robes estivales… Etant un chat qui vit ses neuf vies toutes en même temps, cela me demande une logistique des plus efficace, sachant que la moto reste mon moyen de transport préféré. Je me balade avec mon baluchon, prête à troquer le gros cuir (j’exagère à peine) contre le tulle vaporeux. Mal m’en a pris ! La semaine passée, au Festival Le Lac, à Collonge-Bellerive, où la chaleur avoisinait l’enfer, ma table de dédicace était placée juste en-dessous d’un ventilateur et mon chasuble à petits pois n’a pas su être le meilleur rempart contre les différentiels de températures. Les premiers jours de cette semaine ont donc été ponctués de petits cachets de Pretuval®. Le Petit Poucet que je suis devenue n’a de ce fait pas énormément cheminé, trouvant dans son armoire à pharmacie le nécessaire pour survivre à la fièvre passagère. Je me sens désormais en bien meilleure forme, et m’en voilà soulagée. Je peux donc maintenant m’enthousiasmer de l’arrivée des beaux jours. J’espère qu’il en va de même pour vous !

Solstice d’été le 21 juin à la chapelle du village de La Sage
Chouk est un nouveau répertoire de musique traditionnelle en patois, ma langue maternelle, si chère à mon cœur. Je n’ai pas la prétention d’en être une experte, il faut en effet constater mon aléatoire systématique lorsque je transcris l’oralité à l’écrit, mais voilà, ce dialecte est ancré en moi, il résonne au creux de mon être chaque jour que je vis. Après avoir eu l’immense honneur d’écrire des chansons pour le répertoire jazz de Sylvie Bourban, que le public des Lucioles connaît très bien, une nouvelle opportunité s’est présentée avec Lorène Quinodoz, dont les créations touchent un style musical que je n’avais pas encore exploré. Lorène et moi nous réjouissons aussi que les CIME aient prévu de vous faire entendre quelques chansons à l’occasion de la soirée du 13 août, à Evolène. D’autres dates suivront, pour une grande tournée intercantonale, vous pouvez suivre l’évolution du projet sur le site https://www.lorenequinodoz.ch/.
Composition musicale: Lorène Quinodoz | Textes: Marlène Mauris | Musicien•ne•s : Théodore Monnet (accordéon), Laurine Marmi (voix & hautbois), Lorène Quinodoz (voix & nyckelharpa)
Allez, une petite vidéo ? Radio Fribourg était toute la semaine dans la commune pour de petits reportages sur la vie locale. Ils m’ont notamment interviewée sur le patois et j’ai même pu annoncer l’inforoute en dialecte. Je plains les automobilistes pour qui les cailloux sur la chaussé n’ont pas été clairement identifiés ! Mais voilà, pendant ce moment radiophonique, l’équipe de Chouk a offert quelques instants de musique aux clients du Col de Torrent. Cette chanson est plutôt drôle et fait une sorte de liste des réponses souvent évasives ou des injonctions si communes des adultes aux questions des enfants. Le titre signifie « C’est comme ci, c’est comme ça ».
Pour les réservations (surtout pour anticiper l’apéro !), merci de m’envoyer un mail à marlene@lecroisillon.ch ou un message au +41 78 762 60 73. L’entrée est à 25 CHF.
https://lecroisillon.ch/les-lucioles/
Aventures estivales
Cet été, j’aurai le plaisir de présenter les spectacles de la fête cantonale des costumes et des CIME. En 2023, j’avais eu tellement de joies à rencontrer ces groupes de danse folklorique du monde entier, mais aussi un public adorable et accueillant, que j’ai accepté de réitérer l’expérience cet été. Ce sera intensif, car au lendemain du 15 août, l’équipe de Chouk, dont moi-même, sommes invités à Alpentöne – internationales Musikfestival à Altdorf, dans le canton d’Uri. Se joindra à l’aventure une autre locale de l’étape, notre amie Eloïse Rong des Haudères.

Eine Schriftstellerin und eine Jodlerin spannen zusammen aus Liebe zum Patois von Evolène, ein Dorf im Kanton Wallis. Eine Première, die Gedichte aus dem Val d’Hérens ins musikalische übersetzt und so das kulturelle Erbe dieser romanischen Sprache bewahrt.
Mais juste avant de plier bagage avec nos mouchoirs en soie et notre schutz, ce sera la grande fête à Evolène ! Cette année, cet incontournable festival international, placé sous le haut patronage de la Commission suisse pour l’Unesco, accueille :
- la 71ème Fête des costumes
- la Comberintze de Martigny
- Naguib Tanoura, danseur égyptien
- Fiestas de Mexico du Mexique
- Sotho Kids du Lesotho
- Ballet de Savoie de France
- Gaffar Valamzade du Tadjikistan
- Khorumi de Géorgie
- Zobor de Slovaquie
- Opaina de Papouasie Nouvelle-Guinée
Souhaitez-moi d’ores et déjà bonne chance pour prononcer correctement tous ces noms, sans heurter nos invités ! Pour le programme détaillé des CIME, qui se déroulent du 9 au 15 août, cliquez ici : https://cime-evolene.ch/programme-2025/

Le 13 août, les musiciens de Chouk se produiront pendant le gala, pour quelques chansons tirées du répertoire. Il y aura d’autres occasions de découvrir ce magnifique projet dans les mois à venir.
En littérature !
Je poursuis mes pérégrinations littéraires en Suisse, avec un agenda fourni et réjouissant ! Merci mille fois aux lecteurs et lectrices qui me font la joie de m’écrire pour me donner leurs impressions.
Je n’ai pas encore eu le temps de mettre totalement à jour ma liste d’événements sur le site, alors qu’elle s’étoffe diablement. Toutefois, je choisis aujourd’hui de partager avec vous le texte que l’on m’a demandé dans le cadre de ma nomination au prix du Roman des Romands. Pour rappel, ce prix est décerné par des jeunes de toute la Suisse, dans le cadre de lectures en classe. Je serai amenée à en rencontrer une bonne partie en fin d’année, mais n’arriverai certainement à rendre visite aux 700 élèves qui constituent ce jury. Le thème du texte était « Quand j’avais 17 ans ».
Le jeu du serpent
2001, premier article Wikipedia sur Internet, mais c’est surtout l’année de mes 17 ans. Je suis étudiante au lycée-collège et me débats tant bien que mal avec les branches scientifiques de mes examens de maturité. La physique me passionne, mais visiblement mon enthousiasme n’égale pas ma réelle compréhension des phénomènes : les notes sont catastrophiques. Peu importe, je m’en sors grâce aux autres disciplines. Hors des heures scolaires, je balade dans les rues de Sion ma Cuenca, une belle guitare classique. Je suis toujours un peu nerveuse, car je ne m’exerce pas entre les cours. Mon professeur n’y voit que du feu : je suis championne toutes catégories de prétextes. Cette même année, je reçois mon premier téléphone portable de la part de mon petit ami qui travaille chez Swisscom. L’appareil fait la taille d’un immeuble, les touches ressemblent à d’immenses fenêtres, et il faut appuyer trois fois sur le 1 pour inscrire un C. Le jeu du serpent dévore non seulement les pixels qu’il poursuit, puis finalement sa propre queue, mais aussi une grande partie de mon temps. Je me découvre alors un défaut qui me hantera toute ma vie : je ne sais pas m’arrêter. Je suis intense dans tout ce que j’entreprends, perdant toute notion de réalité et de raison.
Mon amoureux et moi sommes vraiment épris l’un de l’autre. Nous savons que nous passerons notre vie ensemble, que nous aurons une famille et une passion éternelle. Un jour, il m’emmène dans une zone industrielle, dans sa petite Polo G40, et me dit « Vas-y Marlène, prends le volant ! » J’apprends donc à rouler de nuit dans un parking, en tournant en rond autour d’un dépôt, dans un sens, puis dans l’autre, encore et encore. L’année qui suit, j’épate mes parents, lors du fameux premier cours de conduite : l’embrayage, l’accélérateur, le frein… rien n’a de secret pour moi. Quel sens inné de la mécanique ! La route me semble toute tracée, je sais exactement ce que je veux, et avec qui.
Et puis un jour d’été, mon amoureux semble moins amoureux. Après quelques semaines de doutes, je lui demande ce qui ne va pas. Le fameux coup de cœur pour une collègue ; mais il me rassure, je suis comme une sœur pour lui ! Hébétée, je m’en vais plus ou moins dignement. Dans mon portable figure un seul numéro, le sien. Je ne vais pas le harceler de sms, chaque envoi limite les déclarations à 160 caractères et coûte près de 20 centimes. Je commence donc à rédiger des centaines de lettres que je n’expédierai jamais. Je me concentre sur mes leçons de physique, et deviens un peu moins mauvaise. Je travaille ma guitare et joue frénétiquement au serpent. Et puis un jour, une fille de ma classe hurle très fort en passant la porte de la 5B : « c’est la fin du monde ! ». Personne ne comprend rien, jusqu’à ce que notre professeure allume le poste de télévision de la salle. À New York, deux tours s’effondrent à l’écran, les images se répètent inlassablement devant nos yeux, des heures durant. J’ai dix-sept ans : le monde bascule, mais rien ne me dévaste autant que mon premier chagrin d’amour.
Voilà, j’étais peut-être trop sérieuse, quand j’avais 17 ans. Heureusement, je me suis détendue depuis. L’amour représente pour moi une force bien plus incroyable que la relation amoureuse elle-même.
Je vous souhaite une belle entrée en été ! (Que l’on nomme Echyouk ou Tsateïn en patois.)
Marlène