Pendant mon enfance, j’ai suivi une formation exigeante au conservatoire cantonal de musique. Solfège et guitare classique.
J’étais nulle. Horriblement nulle, et peu motivée. Mais j’y allais. Et je culpabilisais, parce que je savais ce que cela coûtait à mes parents, qui me souhaitaient la meilleure des éducations. Qu’est-ce que je culpabilisais !
Aujourd’hui, j’ai enfin transformé cette culpabilité en fierté, parce que la musique au conservatoire m’a apporté un cadeau pour la vie, par capillarité.
Nous descendions d’Evolène, tous les mercredis après-midi, et ma mère jonglait avec le programme de chacune de ses souris musiciennes. Nous avons été responsabilisées très jeunes, avec des points de chute sécurisants à travers la ville de Sion, pour lui permettre de courir là où l’urgence l’appelait.
Chez ma tante, j’ai dévoré tous les Astérix et les Tintin. À la Bibliothèque des Jeunes (anciennement au Sacré Cœur), j’ai emprunté tous les livres possibles et imaginables avec ma carte de lectrice et celles de mes sœurs. À la Bibliothèque cantonale (aujourd’hui le Ministère public), j’ai imaginé mes premières bandes dessinées et mes premiers petits romans, sous l’œil attendri des étudiants qui préparaient quant à eux leur maturité ou leur licence.
J’ai eu accès à la culture et à la littérature, j’ai créé et inventé des heures durant.
Aujourd’hui, si je suis romancière, écrivaine, auteure, tous ces qualificatifs auxquels je rêvais, c’est grâce aux vides, aux moments d’attente entre mes cours de musique au conservatoire.
Je suis une piètre guitariste, mais j’aime la musique, profondément. Il m’arrive même d’écrire des poèmes pour celles et ceux qui savent utiliser ces instruments que je n’ai pas su m’approprier.
Merci mes parents, d’avoir cru en l’éducation artistique, l’ouverture d’esprit, la rigueur et l’attente créative. Je ne culpabilise plus. Je récolte les fruits de l’arbre qui a grandi puis fleuri juste à côté de celui que vous pensiez planter pour nourrir mon avenir, avec amour et courage.