L’année 2025 file déjà à vive allure. Nous sommes à la mi-janvier. Mon contrat le stipulait, il fallait rendre le texte finalisé et les illustrations de mon prochain roman pour la mi-janvier. Il était 23 heures et des poussières hier soir, quand j’ai versé ma petite larme en cliquant sur « Envoyer ».
On peut dire d’un livre qu’il est épuisé, quand il n’est plus disponible. Le dit-on d’un auteur, quand il l’est de nouveau ?
À la lecture d’un roman palpitant, trépidant ou profond, l’on se surprend à ralentir son rythme à l’approche des dernières pages. Il arrive que l’on ressente une tristesse et une nostalgie profondes à l’idée de se séparer d’amis dont on a connu l’intimité, grâce à la magie de la fiction. Nous ne connaîtrons pas forcément la suite de leur destinée, c’est le principe même d’un livre, il a une fin. La suite appartient à l’imagination de chacun, chacune.
Il en va de même avec l’écriture. L’attachement aux personnages tient d’une forme de réalisme perturbant. L’écrivain développe des portraits qui vont bien au-delà de ce qu’il délivre dans les pages dédiées à son lecteur. Il doit faire connaissance avec les protagonistes de son histoire, connaître leur passé, leurs failles et leurs défauts, les petits ratés et les grands succès qui jalonnent leur parcours. Il ne trahira jamais leur confiance inutilement. Il ne racontera que ce qui est pertinent, élaguera les détails sans importance et concentrera son attention sur ceux qui révèlent l’âme imaginée, espérée.
J’ai versé ma petite larme, car j’ai du prendre congé d’eux, hier soir. Comme un adieu silencieux, une rupture, sans pouvoir les embrasser une dernière fois, de toutes mes forces. Je pourrai toujours relire mes pages, oui, comme l’on tourne les feuillets d’un album de photos souvenirs. Pourtant, ils appartiennent déjà à mon passé, à une aventure écrite et terminée. Je porte un peu le deuil de nos moments de partage, de ces longs mois de réflexions communes, de rires et de tendresse. Ils m’ont étonnée par leur caractère, leur prestance et leur humour. Pourtant, je ne soupçonnais pas leur existence dans ma tête, avant de les inventer. Ils vont me manquer, maintenant que j’ai dessiné ce point final. Ils sont passés, comme moi, dans cette existence, même si leur peau n’est faite que de papier.
Il me reste de me réjouir que les lecteurs les rencontrent à leur tour, qu’ils les aiment ou les détestent, mais qu’ils les ressentent. Il me reste de me réjouir que leur histoire existe et qu’elle me survive un peu, quoi qu’il advienne.
Mon roman Falcata paraîtra en mars 2025. Un nouveau printemps, encore un. Je vous tiendrai informé-e-s des dates exactes, des moments-clés, mais sachez que le vernissage est prévu pour le 28 mars, à la librairie Payot de Sion.

Falcata, Marlène Mauris, Editions Favre, à paraître en mars 2025
Éléonore, frondeuse et éprise de liberté, s’élance le printemps venu sur les routes. Fuyant ses Alpes suisses, ses proches et les injonctions sociales, elle s’éloigne aussi de la rudesse d’une sanction médicale. La trentenaire se convainc que le mal qui l’affecte se maîtrise grâce à la seule force de la pensée. Juchée sur sa Falcata, une moto vive et affûtée, la jeune femme abandonne le confort des habitudes pour
foncer vers l’inconnu.
Après avoir franchi les cols qui la séparent de la France, elle sillonne ce pays jalonné de viaducs, barrages, chapelles et plages. L’aventure se ponctue de rencontres aussi abruptes et percutantes que les reliefs qui se découpent autour d’elle. Éléonore voyage léger, mais éprouve en chemin le poids de tout ce qu’elle emporte dans ses bagages. Tout en caressant l’écorce du monde, elle explore les frontières de sa géographie intérieure. Ce périple aux rebondissements multiples l’emmène jusqu’en Espagne, où l’attend un tête-à-tête décisif.
L’écriture ciselée de ce roman dévoile, derrière des dialogues animés et souvent amusants, des âmes frémissantes dont la vulnérabilité tutoie la puissance. L’esprit et le corps s’embrassent au rythme d’un hymne à la liberté et à l’estime de soi.