Bonjour à toutes et tous,

Après le tas de chamboulements de 2024 – et je crois ne pas être la seule à avoir été secouée par cette drôle d’année –, je me suis rendue à une évidence, il y a un deuil que je ne parviens pas à surmonter. Ne plus rédiger de petits contes d’épicière creuse un vide abyssal dans mon quotidien. Ce petit exercice routinier illuminait mes journées au magasin et m’aidait à exercer à la fois ma mémoire et mon écriture. J’ai donc décidé de renouer avec ce rituel, qui doit s’apparenter pour d’autres, bien plus courageux, à une pratique sportive régulière. Oui, je dois l’admettre, ma musculature mentale commence à montrer des signes de faiblesse… il est donc temps de réoxygéner mes neurones et de renouer avec une attention joyeuse à ces dialogues de la vie de tous les jours. Et tant mieux si ça vous amuse aussi !

Mon blog se découpe en plusieurs catégories, les petits poèmes, pour les contemplatifs, et les petites pépites, pour les amoureux de ces fameux dialogues absurdes ou amusants. (Oui, j’aime tout ce qui est petit.)

Je vous partage aussi une lecture et quelques rendez-vous de cette fin d’année.

La pépite de la semaine

– Bonjour !
– Bonjour ! Je l’ai lu votre livre.
– Ah, super ! Et qu’est-ce que vous en avez pensé ?
– Vous m’excuserez, hein, moi je suis cash !
– Pas de problème. Je préfère, même.
– Je l’ai pas trouvé… plus extraordinaire qu’un autre, hein !
– Je n’avais pas cette prétention. Mais c’est toujours bon de discuter avec les lecteurs. Et heureusement, il y a autant de livres qu’il y a de goûts.
– J’en ai déjà lu plein, qui racontent la même histoire que le vôtre. Au bout de trois chapitres, je me disais, oui, bon, rien de nouveau.
– Alors vous avez arrêté là ?
– Ben, non, mais je ne sais pas me l’expliquer, j’arrivais pas à le poser. Donc je vais en reprendre un. Vous pouvez le signer ? C’est pour offrir à Noël.
– Ah… à quelqu’un que vous n’aimez pas, j’imagine ?
– Si, si, à quelqu’un que j’adore !

Premier prix de la meilleure tenue de camouflage pour un compliment.

J’en veux plus !


Cent titres

À chaque fois que j’entre dans une librairie, je prends conscience à quel point il est difficile de faire un choix ! L’offre est abondante, généreuse et presque enivrante. Heureusement, les libraires opèrent des sélections formidables… ils nous connaissent ou apprennent à nous connaître, si nous osons leur demander ce si précieux conseil.

En tant qu’ancienne épicière, je me reconnais un peu en eux et en elles. Cet échange n’existe pas sur Internet, qui ne vous proposera que des choix qui vont dans la ligne de ce que vous avez « déjà aimé ». Je découvre, grâce à elles et eux, de magnifiques textes, romans, recueils de poésie, qui me charment, me séduisent, me bouleversent et me questionnent. Quel luxe que de pouvoir compter sur ces personnes pour démêler la pelote multicolore qui se déroule devant nos yeux, surtout en cette période de fêtes.

Le dernier roman que j’ai lu, Petit Pays est une merveille que je ne peux que vous recommander. Gaël Faye, son auteur, vient de recevoir le Prix Renaudot pour Jacaranda, son deuxième roman. Toutefois, sur le conseil d’une de « mes » libraires, j’ai commencé à le lire par son premier né. Une écriture sensorielle, habitée et intelligente ! J’ai même retrouvé des dénominateurs communs entre le Burundi et La Sage, sur cette façon très humaine que nous avons toutes et tous de nous définir par rapport à l’Autre, constamment. Son approche de la langue vernaculaire ainsi que de la manière dont on grandit dans une communauté et dont on s’approprie, par la suite, les évolutions forcées, m’a transportée. Son verbe, poétique et engagé, n’est jamais jugeant, jamais dérangeant. Il nous rappelle à notre humanité, de l’enfance à l’âge adulte. C’est délicieux, bien que bouleversant.

Se savoure particulièrement bien sur la terrasse des Collines !

Le résumé de l’éditeur :

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

« J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »

Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.


Donnons une voix aux femmes ! à la Fondation Atelier Marie Métrailler à Evolène, le 27 décembre à 18h

Avec Denise Métrailler, présidente de la Fondation Atelier Marie Métrailler, nous souhaitons proposer des lectures inspirantes à l’atelier, soit en été, soit en hiver. Nous en avons déjà organisé quelques unes, et nous sommes heureuses de voir qu’elles interpellent et intéressent.

Dans notre réflexion pour une lecture cet hiver, les destins de femmes en Iran, en Palestine et ailleurs dans le monde, où tout s’oppose à leur liberté, nous ont touchées. Nous nous sommes dits que pour rendre honneur aux voies qu’elles traçaient, nous allions leur prêter une voix, quelque part, à la montagne, dans l’écrin protecteur d’une sœur.

Marie Métrailler était en effet une avant-gardiste, inspirante et curieuse. Ses réflexions autour de la place de la femme dans le monde s’articulaient autour de la bienveillance et de la collaboration avec l’homme. La Poudre de Sourire en est le témoignage vibrant.

L’actualité internationale nous montre que les luttes pour l’équité ne perdent pas de leur pertinence. Les voies que les femmes doivent emprunter pour faire entendre leurs droits dans certains pays sont souvent semées d’embûches. Cette soirée lecture entend leur donner un écho modeste, au travers de textes puissants, politiques ou poétiques, du Moyen Orient au Valais. 

Choix des textes et lecture par Marlène Mauris. Chapeau à la sortie. Inscriptions au 077 499 24 87 ou info@atelier-marie-metrailler.ch

Le petit agenda des lectures est ici !

Je vous souhaite une bonne semaine et de belles rencontres tout au long du mois de décembre !

Marlène