Au printemps 2023, j’écrivai un poème, inspirée par les célèbres premiers vers du sonnet Heureux qui comme Ulysse, de Joachim du Bellay. Ce texte de la moitié du XVIe, témoin d’intenses sentiments de déception, appartient au recueil Les Regrets.

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge

Je n’ai voulu retenir que les idées de ce premier quatrain, pour encourager mon écriture. Ce Sonnet de Nausicaa ou Petrichor est une ode à la passion et à sa fulgurance. Le temps d’après la pluie, et probablement d’après la rupture, laisse ce délicat parfum huileux que la langue française a baptisé petrichor.

Nausicaa, une femme courageuse et généreuse, recueille Ulysse après son naufrage, dans l’Odyssée d’Homère. Nu, sale et affamé, il n’effraie pourtant pas la jeune femme, qui le soigne, le console et le présente à ses parents. Nausicaa est un personnage éclatant, remarquable par sa noblesse et son hospitalité. Bien qu’éperdument amoureuse, elle l’aide à constituer un équipage apte à le ramener chez lui.


Petrichor

Tu l’as ta Nausicaa, ton bel astre épinglé
À la voûte bleutée de tous tes états d’âme
Amoureux, audacieux, vous titillez le blâme
Vous n’aurez pas les dieux ; qui saurait les tromper ?

Tu l’as ta bienaimée, sans qu’elle ne soit à toi
S’offrant comme un bouquet de vives fleurs sauvages
Oh joies éphémères, non, rien de bien sage
Donner sans trop compter, voilà sa fin, ma foi

Elle te les dessine, les chemins, les sentes
Évasion, déraison ; faut-il qu’on leur mente
Pour vivre cet amour, cette aubade à l’envie ?

Tu les lui dessines, les heurts, les frontières
Du pays du tendre, qui ne voit pour terre
Que celle qui sent bon, oui, juste après la pluie


J’ai eu le bonheur d’en lire un extrait dans l’émission J’veux du soleil, sur RTS La 1ère, lors de ce délicieux échange avec Jérôme Berney, Sylvie Bourban et Manuella Maury.