« Lieu d’exposition contemporain, la Fondation Opale propose un dialogue entre les cultures et les peuples à travers l’art. »

Le slogan est prometteur ! Purée, ça sonne classe, non ?

Je me souviens de ma toute première visite en ce lieu, alors qu’il venait d’être construit. J’avais été subjuguée par son architecture et par le dialogue intense du lac avec l’immense façade vitrée. Le lieu s’est depuis redéfini, il connaît déjà un second souffle, puisqu’il est devenu la Fondation Opale en 2018. Comme quoi, même les lieux peuvent changer de vie. Ça me rassure, parce que le changement de vie, ça me connaît.

Enfin, je vous raconte. J’ai été très flattée et émue de recevoir cet appel de Marlène Métrailler, alors que je jetais des Penne Rigate n°73 dans une casserole d’eau bouillante, mais pas encore salée, chez moi, à La Sage. La journaliste me proposait de participer à un tête-à-tête littéraire à la Fondation Opale, en octobre 2024. Je me suis dit que mes personnages vivaient une vie à part entière, puisqu’ils avaient le don de rencontrer des gens que j’admirais, bien avant moi. Je me demande si ce sont eux ou moi, qu’elle souhaite rencontrer. Et je me suis souvenue que mes personnages ne parlaient qu’à travers moi. Les pauvres. Je leur donne la parole quand je veux. Une véritable dictatrice. J’ai accepté de m’en faire porte-parole et également porte-silence, puisque certains d’entre eux préfèrent taper du poing que causer.

Dialogue entre les cultures et les peuples

Un dialogue entre les cultures et les peuples à travers l’art. Oui, c’est exactement cela. Un voyage à travers les époques, aussi. C’est exactement ce à quoi sert l’art… à faire communiquer des univers réels et imaginaires, des univers décalés dans le temps et l’espace, des univers parfois complémentaires mais souvent opposés d’apparence. Oui, d’apparence, comme ces lacs qui font miroir.

L’exposition du moment à la Fondation Opale met en avant le travail d’un artiste archiviste activiste, Bernhard Lüthi. Je me reconnais un peu dans cette démarche. L’écrivain est un artiste, un archiviste et un activiste… Je joue sur les mots, je dois bien l’admettre, car son travail se révèle bien plus profondément ancré dans la réalité de ces trois mots. Mais je me les approprie volontiers et leur fait dire ma vérité. Ecrire est un art. J’accepte enfin l’idée. Il y a une immense part de travail, certes, mais il y a surtout de la création. Et comment l’expliquer, il y a une part d’inspiration personnelle qui vient d’on ne sait où. (On aurait envie de dire Zoù, vous ne trouvez pas ? Eh bien, non non, c’est Toù, avec la bonne liaison). Probablement de lectures, de discussions, de dizaines d’années de curiosité allant d’émissions télévisées nullissimes à la lecture monomaniaque du dictionnaire (oui, vous savez un truc bizarre de plus à mon sujet). Il y a des gens qui savent courir et qui vous disent « j’ai fait dix kilomètres en quarante-cinq minutes ». Je ne sais ni si cela est rapide ou lent, mais je reconnais à ces personnes-là un don que je n’ai pas. Cette compétence vient-elle de la passion ? Sans aucun doute. Du manque de passion pour autre chose aussi. Cette forme de créativité-là résulte d’un mélange de cœur à l’ouvrage, de passion et d’addiction heureusement plus saine qu’une autre.

Mais il y a aussi ce concept d’archiviste, que j’aime bien. J’archive les idées par centaines. Beaucoup paraissent totalement inutiles. Certaines sont conservées dans des boîtes obscures, recouvertes de toiles d’araignées, que je ressors soudain, sans explication. Probablement parce que je suis très nulle en classement. Il y a des concepts ethnologiques, des souvenirs d’enfances, des fantasmes de vies qui auraient pu être vécues, par moi, comme par d’autres, des théorèmes, des poèmes ou encore des prières. Une pile de mystères. Ces archives mériteraient des documentalistes. Tant pis pour elles, elles se sont rangées dans la tête d’une affabulatrice.

Et puis l’activisme ! L’activisme, c’est ce qui me plaît le plus. Il s’agit d’imposer des idées. Je n’ai pas peur du mot imposer. Oui, j’impose de réfléchir à certaines choses. Le lecteur en fait bien ce qu’il veut, ensuite. Poursuivre la réflexion, ou non. S’emparer du questionnement, ou pas. Constater avec moi, sans jugement, ou rendre à mon livre, comme une énigme irrésoluble, le début d’une pensée. Mais les questions sont posées. Elles existent. C’est la magie de l’écriture: faire exister par des signes communément appris, mais qui objectivement, ne sont que des pattes de mouches noires sur une page blanche. C’est génial. J’adore le langage.

N’y a-t-il pas plus grand paradoxe que de verbaliser le silence sur deux cents pages d’un roman ? Je ne sais pas bien me taire, alors j’ai fait de mon mieux pour exprimer toute la poésie des malentendus, des non-dits et des taiseux qui habitent par centaines nos cœurs.

Tout ceci pour dire que le 24 octobre 2024, à 18h30, j’ai le plaisir de participer à un tête-à-tête littéraire autour d’Escarpées, avec Marlène Métrailler. Le restaurant prépare un buffet dînatoire après la rencontre, ce qui est chouette, mais il faut s’inscrire, parce que c’est plus commode pour ceux qui bossent en cuisine. Toutes les informations sont inscrites ici, et on ne vous y embête pas trop avec des considérations sur l’inspiration des artistes: https://www.fondationopale.ch/evenements/marlene-mauris/

J’espère vous y retrouver nombreuses et nombreux. Et j’aurai même le plaisir de vous présenter Sophie, qui signe la couverture de mon prochain roman, qui paraîtra en 2025, si Dieu le veut. (Parce que l’éditrice, elle, elle veut bien.)

Belle journée, Marlène

PS: Le prochain article, ce sera sur le concert du 21 décembre, pour le solstice d’hiver !